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Bourgeons sous la neige

Bourgeons sous la neige

“Humanisme irréel” — Poésie concise d'origine Japonaise, genre “haïku”

Publié le par Francis Tugayé
Publié dans : #HAÏGAS & HAÏSHAS

 

 

Atteignez l'image élargie / Reach enlarged picture « en hommage à Claude Monet »


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Neige intacte
des monts jusqu’à la barrière du champ.
Tiens, une pie.


Virgin snow
from the hills down to the fence of the field.
See, a magpie.


FT 17/09/2003
Tr. 07/02/2009


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(version antérieure)


Pie en manteau noir
sur la barrière du champ.

Neige et ciel laiteux.

FT 25/06/2001


   Cette première version se voulait un hommage au peintre impressionniste Claude Monet, mais la pie      est mise trop en avant, alors qu'elle est en retrait dans la composition de “La pie”, Musée d'Orsay, Paris.


Atteignez la séquence « Blancheurs hivernales... »
 

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Publié le par Francis Tugayé
Publié dans : #HAÏGAS & HAÏSHAS

 

 

Atteignez l'image élargie / Reach enlarged picture « Signe d'un souffle (haïga) »



Graziella Dupuy (washing) & Francis Tugayé (haiku) © January 2010

 

 

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Bourgeons sous la neige.
Deux cygnes noir d'encre signent
d'un cœur leur manège.


Buds under the snow.
Two black swans sign with a heart
their merry-go-round.


FT 04/08/2001
Tr. 28/03/2017


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Atteignez la calligraphie / Reach the calligraphy
of this bilingual haiku
 « Bourgeons sous la neige »
 

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Publié le par Francis Tugayé
Publié dans : #HAÏKU (ARTICLES)

  
Juste un point de vue, un partage à prendre avec des “pincettes” – il ne vaut que ce qu'il vaut.


PRÉAMBULE (ajout du 21 juillet 2014)
Un haïku n'a pas de vers – c'est un « monostique » qui pourrait s'écrire sur une seule ligne.
En Occident, le haïku s'écrit le plus souvent sur 3 lignes pour en faire percevoir la rythmique.
Donc les rimes (mentionnées comme telles) doivent être considérées comme des assonances.

S'agissant en fait d'assonances, le mot « rime » n'est maintenu que pour clarifier le texte.

 

Avant d’aborder le sujet, sachez que je travaille bien plus sur les assonances et allitérations.
À mes yeux il est important que les sonorités collent au plus près de la scène traitée.

 

~Streetbrush~ Clapotis de l’eau
Assonances éloignées en “apo” et allitérations “po/pon”…

 

Au lecteur de ressentir (à sa manière) les variations des sonorités.

 

Quelques haïjins tentent « une rime éloignée » ; une francophone s'y emploie :

 

~Streetbrush~ achalandage & lune d'eau

 

 

Diane Descôteaux alterne rimes féminines (L1 et L3) et terminaison masculine (L2) – ou vice versa.
D’autres exemples de l’auteure dans Ploc revue n° 11 ainsi que dans Ploc revue n° 7.

 

De son côté Dominique Chipot retourne “Aux sources du haïku : le haïku rimé”Ploc la lettre n° 31.
 

 

En ce qui me concerne, il y a quelques nuances assez spéciales – appréciez-les selon vos propres vues.

Je m'étais inspiré du style du poète et haïjin brésilien Guilherme de Almeida. Son modèle de base :

o o o o a                                 5 
o b o o o o b                           7 
o o o o a                                 5

a = rime éloignée
b = deux assonances internes

 

Si dans le monde s'y sont essayé nombre de haïjins (brésiliens, anglo-saxons, slaves... et non des
moindres), je ne vois pas pourquoi je me l'interdirai lorsque cela pourrait correspondre à un rendu.


Y aurait-il d'autres haïjins francophones qui se risqueraient à tenter une telle approche ?

Pour l'instant le milieu des haïjins francophones semble rétif, un peu freiné par sa pusillanimité,
mais surtout, soyons juste, par la difficulté de « saisir où se trouverait l'essentiel du haïku ».
et les trop nombreuses contradictions glanées ici ou là, souvent dans une même page :
– ne faites pas ci
– ne faites pas ça
– faites-le quand même !

 


Par choix personnel, aimant affronter les défis – mais sachez-le d’emblée, de manière rarissime –,
dans quelques uns de mes “essais haïkuesques” j'ai décidé d'accentuer les rimes et les assonances.
Et, c’est primordial, je n'emploie que des « mots concrets », une difficulté supplémentaire.

Je m'impose des contraintes si rigoureuses qu'elles frisent la limite de l’impossible
d'autant plus qu'il s'agit de refléter une réalité ressentie jusque dans ses moindres détails.

 


C'est encore plus rare et doit venir sans s'y obliger... et sans prévenir –  cela vient ou ne vient pas.
 

 

Bien que je me le permette parfois, je ne prône pas une telle approche !



Mais vous avez affaire à “un criminel multirécidiviste”. Six essais en sept années.

Voici les six essais qui en aucun cas ne sauraient valoir d’exemples à suivre !
Méfiez-vous des apparences, chaque détail est cependant issu du « réel vécu et ressenti ».
Vous percevrez l’usage du « kigo » (mot de saison) censé créer une ambiance compensatrice.



Mais c’est bien sûr à vous de juger de la pertinence d'une telle approche…
  

  

 


~Streetbrush~ Bourgeons sous la neige+++                                                                                                      in Chevaucher la lune  [1] 

Un fort kigo à la charnière de l'hiver et du printemps. En douces ondulations,
les assonances internes en L2 font un peu oublier la rime « appuyée » entre L1 et L3.

 

 

~Streetbrush~ Lendemain de fièvre+++                                                                                                      in Chevaucher la lune  [1] 

Un kigo sous-tendu, les fleurs de jasmin sont le plus souvent cueillies en août. Douces,
les assonances internes en L2 font un peu oublier la rime « enfiévrée » entre L1 et L3.

 

 

 

~Streetbrush~ Vieux bœuf impassible+++

Un kigo sous-tendu, les mouches vertes œuvrent essentiellement en été. Alertes (sic),
les assonances internes en L2 font un peu oublier la rime « passive » entre L1 et L3.

 

 

 

~Streetbrush~ Bercail sous la bruine+++

Un kigo sous-tendu, la bruine sévit le plus souvent en automne. Dures et appuyées,
les assonances internes en L2 font un peu oublier la rime « tristounette » entre L1 et L3.

 

 

 

~Streetbrush~ Cendres à Beyrouth+++

                 Une amie, née à Beyrouth, m'a évoqué “ses immenses ressentis” – un doux euphémisme.

Sur le magnifique Concerto d'Aranjuez, la chanteuse Fayrouz entonne de sa sensible voix
une ode à Beyrouth, li Beirut.

Ressentiriez-vous ne serait-ce qu’un peu de cette nostalgie qui transpire des assonances                internes en L2, “blême/emblème”, et des échos éloignés “en/an” et “eyrou/ayrou” ?

 

 

~Streetbrush~ L’Instant de Guerlain+++

Trois assonances allitératives en “apo” et un imprévisible retournement en “opa”
ces trois assonances un peu lourdes correspondent cependant à une impression non-dite.
Un kigo, la pâleur de l'automne reflète ma peau pâlichonne et évanescente…

 

 


Au final notez que les sonorités collent à chaque scène et sous-tendent une ambiance appropriée.
Attention, les assonances pourraient mener à l'artificiel – je ne suis pas sûr d’éviter un tel écueil.
La seule chose que je sais, c'est qu'il s’agit d’un reflet d’une profonde sincérité.

 

 

Francis Tugayé © 2010-2017        

 

Quelques retouches les 11 mai et 21 juillet 2010, notamment dans l'expression “essais haïkuesques”
Un préambule ajouté le 21 juillet 2014 – les rimes doivent être considérées comme des assonances
Quelques menus détails le 7 mai 2017 – ils rendent l'ensemble du texte mieux conforme


Première version publiée dans la revue Ploc n° 11 (janvier 2010)
éditée par l'Association pour la Promotion du Haïku
(accès gratuit aux lettres et aux numéros de la revue Ploc)

   

[1] in Chevaucher la lune
      anthologie sous la direction d'André Duhaime
      éditions David, Ottawa (Ontario), 2001

               

 

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Publié le par Francis Tugayé
Publié dans : #HAÏKU (ARTICLES)
(reflet de mes intuitions, et non de mes certitudes)
 
  
L'emploi de métaphore est envisageable mais extrêmement délicat.
On peut distinguer trois procédés : le double sens, la métaphore discrète et la métaphore explicite.
  
 
  
I - Le double sens
 
 
 
 
  ~Streetbrush~ Sombres sont les yeux 
 
 

 

Dans ce haïku j'utilise le double sens de « Sombres » :

– sens concret non critiquable (aspect noirâtre)
– sens métaphorique (empreint de tristesse).
 
Le sens concret contrebalance le sens métaphorique personnalisant l'épouvantail.
Ce sens métaphorique n'est pas imposé au lecteur – même si je force un tant soit peu le trait,
j'en conviens : « Sombres sont...» Au lecteur d'interpréter ou de ne pas interpréter.

 

 
Désolé de remettre encore sur le tapis le thème de l'épouvantail, sujet éculé s'il en est !
J'avais proposé à un de nos amis cette réécriture :
 
  
Déferlante
L'épouvantail résiste
les yeux déchirés
 
 
Deux remarques par rapport à sa première mouture :

1° il y avait « s'accroche » ; un épouvantail ne peut pas en soi s'accrocher... il peut résister.

2° il y avait « yeux chavirés », très expressif mais bien trop occidental.

Par contre, « déchirés » doté d'un double sens est envisageable appliqué au sujet traité :
– sens concret non critiquable (tissu déchiré)
– sens métaphorique (âme déchirée).
 
 

II - La métaphore discrète

 
On peut utiliser une métaphore discrète pour renforcer un aspect physique et concret,                            comme je l'ai tenté dans ce haïku :
 
 
      
          
~Streetbrush~ Les monnaies-du-pape
 
 
 
L'association de « gouttes » à « lumière » n'est pas naturelle, mais « gouttes » suggère beaucoup plus           en ce seul mot que ne le ferait n'importe quel autre mot.
Je vous laisse le loisir d'interpréter à votre manière « lune froide » et « gouttes de lumière ».
 
 

III - La métaphore explicite
 

 
Une métaphore explicite doit pouvoir à mes yeux être justifiée, notamment suggérer avec moins de mots     ce qui pourrait être suggéré de manière apparemment plus simple... mais avec plus de mots.
On pourrait utiliser des métaphores explicites dans d'autres cas si l'on suggère finement en premier lieu       le rendu d'une impression plus floue, et éventuellement – pourquoi pas ? – des sentiments, des émotions. Mais pardon d'insister, c'est très délicat, il ne faut pas imposer une interprétation au lecteur ; même si elle est sous-jacente, elle doit être floue.

C'est à vous de juger de la pertinence de ce haïku :
 
  
 
~Streetbrush~ Pie en manteau noir
in Chevaucher la lune
éditions David
Ottawa (Ontario, Canada), 2001
 
    
  
L'effet métaphorique – de mon point de vue assez léger mais moins discret que dans l'exemple précédent – n'était pas du tout prémédité.

En quelques mots, la pie est esquissée dans un contexte approprié : un temps de neige.
Les deux expressions se renforcent mutuellement, ici par effet de contraste.

Ce haïku fut précédé et suivi d'essais différents : cette première version se voulait un hommage                    au peintre impressionniste Claude Monet, mais la pie est mise trop en avant, alors qu'elle est en retrait     dans la composition de « La pie », Musée d'Orsay, Paris.

Cela donna une toute autre version censée être au plus proche de la composition du tableau :
 
  
  
~Streetbrush~ Neige intacte
in Le bleu du martin-pêcheur
anthologie trilingue
éditions L'iroli, décembre 2007
  
    
 
Dans ce haïku de Buson : 
 
 
 Chauve souris
 cachée tu vis
 sous ton parapluie cassé
  
  
  in Fourmis sans ombre
  de Maurice Coyaud,
  éditions Phébus (1999), page 91
  (sous réserve
  de la traduction/interprétation
  de ce haïku japonais)
  
  
 
Il s'agit bien d'un procédé métaphorique, non d'un pur procédé de juxtaposition susceptible de créer un lien chez le lecteur. Vous devinez facilement qu'il est bien question des ailes de la chauve-souris (et pas d'autre chose), bien qu'elles ne soient pas nommées. Si vous apercevez une chauve-souris... sous un parapluie, j'espère que vous aurez un appareil photo pour immortaliser l'instant !

Il y a une justification à l'utilisation de cette métaphore dans l'influence animiste des japonais.
 
 
 
En conclusion à ce stade, je ne prône pas la métaphore explicite sauf dans quelques cas rares                      assez difficiles à discerner, mais ceci nécessiterait de faire un développement plus conséquent.
 

  
Remarque sur la suggestion et le non-dit

Ce sont mes deux leitmotiv. Il ne s'agit pas de faire dire au haïku ce qu'il ne dit pas, ce qu'il ne doit pas dire (quoique je me contredise à propos du double sens). Il s'agit d'essayer de suggérer non pas une idée mais une impression floue – une impression rendue plus floue par la suggestion, le non-dit.

Rien n'empêche, à mes yeux, de suggérer des sentiments s'il y a double sens d'un mot ou d'une expression (sens concret, sens métaphorique).

Donc, dans l'expression « sous ton parapluie cassé », Buson tente de suggérer – sans l'imposer au lecteur – une ambiance rendue plus forte par une image saisissante (non abstraite). Dans ce cas, il n'y a pas a priori de double sens... mais l'ambiance rendue est susceptible de mener le lecteur au-delà des mots.
 
 
Francis Tugayé © 2008

article publié en juillet 2008 dans le n° 20 de la revue Gong
éditée par l'Association Française de Haïku
 

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BOUILLE PÂLICHONNE

 

 
Francis Tugayé
Tarbes, Hautes Pyrénées


 poète (genre “haïku”), atelier d'écriture,

arts plastiques (éclectisme),
cinéma (fan de), musique (Jazz & World),

jeux stratégiques (Echecs & Go)
 

DESSEIN

En quête permanente
d'un équilibre extrêmement délicat

entre l'essence originelle du haïku
et... ce que nous sommes

 


Le haïku, l'art de suggérer

L'instant fugitif, la retenue,

le non-dit, l'implicite

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