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Bourgeons sous la neige

Bourgeons sous la neige

“Humanisme irréel” — Poésie concise d'origine Japonaise, genre “haïku”

Publié le par Francis Tugayé
Publié dans : #HAÏKU (ARTICLES)

  
Juste un point de vue, un partage à prendre avec des “pincettes” – il ne vaut que ce qu'il vaut.


PRÉAMBULE (ajout du 21 juillet 2014)
Un haïku n'a pas de vers – c'est un « monostique » qui pourrait s'écrire sur une seule ligne.
En Occident, le haïku s'écrit le plus souvent sur 3 lignes pour en faire percevoir la rythmique.
Donc les rimes (mentionnées comme telles) doivent être considérées comme des assonances.

S'agissant en fait d'assonances, le mot « rime » n'est maintenu que pour clarifier le texte.

 

Avant d’aborder le sujet, sachez que je travaille bien plus sur les assonances et allitérations.
À mes yeux il est important que les sonorités collent au plus près de la scène traitée.

 

~Streetbrush~ Clapotis de l’eau
Assonances éloignées en “apo” et allitérations “po/pon”…

 

Au lecteur de ressentir (à sa manière) les variations des sonorités.

 

Quelques haïjins tentent « une rime éloignée » ; une francophone s'y emploie :

 

~Streetbrush~ achalandage & lune d'eau

 

 

Diane Descôteaux alterne rimes féminines (L1 et L3) et terminaison masculine (L2) – ou vice versa.
D’autres exemples de l’auteure dans Ploc revue n° 11 ainsi que dans Ploc revue n° 7.

 

De son côté Dominique Chipot retourne “Aux sources du haïku : le haïku rimé”Ploc la lettre n° 31.
 

 

En ce qui me concerne, il y a quelques nuances assez spéciales – appréciez-les selon vos propres vues.

Je m'étais inspiré du style du poète et haïjin brésilien Guilherme de Almeida. Son modèle de base :

o o o o a                                 5 
o b o o o o b                           7 
o o o o a                                 5

a = rime éloignée
b = deux assonances internes

 

Si dans le monde s'y sont essayé nombre de haïjins (brésiliens, anglo-saxons, slaves... et non des
moindres), je ne vois pas pourquoi je me l'interdirai lorsque cela pourrait correspondre à un rendu.


Y aurait-il d'autres haïjins francophones qui se risqueraient à tenter une telle approche ?

Pour l'instant le milieu des haïjins francophones semble rétif, un peu freiné par sa pusillanimité,
mais surtout, soyons juste, par la difficulté de « saisir où se trouverait l'essentiel du haïku ».
et les trop nombreuses contradictions glanées ici ou là, souvent dans une même page :
– ne faites pas ci
– ne faites pas ça
– faites-le quand même !

 


Par choix personnel, aimant affronter les défis – mais sachez-le d’emblée, de manière rarissime –,
dans quelques uns de mes “essais haïkuesques” j'ai décidé d'accentuer les rimes et les assonances.
Et, c’est primordial, je n'emploie que des « mots concrets », une difficulté supplémentaire.

Je m'impose des contraintes si rigoureuses qu'elles frisent la limite de l’impossible
d'autant plus qu'il s'agit de refléter une réalité ressentie jusque dans ses moindres détails.

 


C'est encore plus rare et doit venir sans s'y obliger... et sans prévenir –  cela vient ou ne vient pas.
 

 

Bien que je me le permette parfois, je ne prône pas une telle approche !



Mais vous avez affaire à “un criminel multirécidiviste”. Six essais en sept années.

Voici les six essais qui en aucun cas ne sauraient valoir d’exemples à suivre !
Méfiez-vous des apparences, chaque détail est cependant issu du « réel vécu et ressenti ».
Vous percevrez l’usage du « kigo » (mot de saison) censé créer une ambiance compensatrice.



Mais c’est bien sûr à vous de juger de la pertinence d'une telle approche…
  

  

 


~Streetbrush~ Bourgeons sous la neige+++                                                                                                      in Chevaucher la lune  [1] 

Un fort kigo à la charnière de l'hiver et du printemps. En douces ondulations,
les assonances internes en L2 font un peu oublier la rime « appuyée » entre L1 et L3.

 

 

~Streetbrush~ Lendemain de fièvre+++                                                                                                      in Chevaucher la lune  [1] 

Un kigo sous-tendu, les fleurs de jasmin sont le plus souvent cueillies en août. Douces,
les assonances internes en L2 font un peu oublier la rime « enfiévrée » entre L1 et L3.

 

 

 

~Streetbrush~ Vieux bœuf impassible+++

Un kigo sous-tendu, les mouches vertes œuvrent essentiellement en été. Alertes (sic),
les assonances internes en L2 font un peu oublier la rime « passive » entre L1 et L3.

 

 

 

~Streetbrush~ Bercail sous la bruine+++

Un kigo sous-tendu, la bruine sévit le plus souvent en automne. Dures et appuyées,
les assonances internes en L2 font un peu oublier la rime « tristounette » entre L1 et L3.

 

 

 

~Streetbrush~ Cendres à Beyrouth+++

                 Une amie, née à Beyrouth, m'a évoqué “ses immenses ressentis” – un doux euphémisme.

Sur le magnifique Concerto d'Aranjuez, la chanteuse Fayrouz entonne de sa sensible voix
une ode à Beyrouth, li Beirut.

Ressentiriez-vous ne serait-ce qu’un peu de cette nostalgie qui transpire des assonances                internes en L2, “blême/emblème”, et des échos éloignés “en/an” et “eyrou/ayrou” ?

 

 

~Streetbrush~ L’Instant de Guerlain+++

Trois assonances allitératives en “apo” et un imprévisible retournement en “opa”
ces trois assonances un peu lourdes correspondent cependant à une impression non-dite.
Un kigo, la pâleur de l'automne reflète ma peau pâlichonne et évanescente…

 

 


Au final notez que les sonorités collent à chaque scène et sous-tendent une ambiance appropriée.
Attention, les assonances pourraient mener à l'artificiel – je ne suis pas sûr d’éviter un tel écueil.
La seule chose que je sais, c'est qu'il s’agit d’un reflet d’une profonde sincérité.

 

 

Francis Tugayé © 2010-2017        

 

Quelques retouches les 11 mai et 21 juillet 2010, notamment dans l'expression “essais haïkuesques”
Un préambule ajouté le 21 juillet 2014 – les rimes doivent être considérées comme des assonances
Quelques menus détails le 7 mai 2017 – ils rendent l'ensemble du texte mieux conforme


Première version publiée dans la revue Ploc n° 11 (janvier 2010)
éditée par l'Association pour la Promotion du Haïku
(accès gratuit aux lettres et aux numéros de la revue Ploc)

   

[1] in Chevaucher la lune
      anthologie sous la direction d'André Duhaime
      éditions David, Ottawa (Ontario), 2001

               

 

Commenter cet article

Beaufond 08/01/2015 19:54

Merci pour cet article et ces exemples poétiques, ils m'enrichissent beaucoup.

J'ignorais par exemple la forme originelle (si j'ai bien compris) du haïku :

o o o o a
o b o o o o b
o o o o a

proposant ses rimes à position fixe. J'entendais employer le tanka (5/7/5 7/7) en le faisant rimer en fin de vers suivant le schéma (a/b/a b/b), mais c'est peut-être une mauvaise idée. Transposer une forme dans une autre langue est tâche difficile, et je me vois mal employer une forme sans la faire rimer sous prétexte qu'elle ne viendrait pas de France.

J'y médite,

Amitiés.

Francis Tugayé 03/02/2015 21:05

Cher Beaufond

Le genre « tanka » (poème ou chant court) suit le plus souvent la forme 5/7/5-7/7
Les trois premières lignes (hokku) se réfèrent à une ambiance concrète de saison, le distique quant à lui s'attache plutôt à faire ressentir des émotions humaines.

Si dans quelques rarissimes essais de haïku (1) il peut y avoir des assonances,
le « tanka » ne requiert aucune apparence de rime sauf le coulé rythmique.

(1) si vous relisez l'article, vous déduirez que les rimes (assonances en fait) ne sont pas requises dans le genre « haïku », c'est pourquoi j'évoque des essais “haïkuesques” quand j'use – et abuse – d'assonances 8-)

Je vais réfléchir à votre essai de forme tanka... mais avec des rimes non requises...

Par ailleurs, je suis (un peu) étonné que vous mettiez de côté la poésie en vers libres. Cela fait belle lurette que celle-ci a largement gagné ses lettres de noblesse = ̄ェ ̄=
Et, ce, dans un grand nombre de revues !

Cependant tout est relatif, c'est aussi affaire de goût.
Et il y a comme souvent des poètes inspirés... ou pas.

Mes amitiés
Francis Tugayé

Beaufond 08/01/2015 23:13

Le haïku n'a pas de vers, je l'entends, mais la poésie française (nous trouvons l'exception de la « poésie en prose » à partir d'Aloysius Bertrand) nécessite le vers — c'est là la difficulté de la transposition.

Je vous fais parvenir une petite écriture, intitulée « Sakura » pour l'heure et qui ne sortira vraisemblablement jamais de mes brouillons pour entrer dans un livre, afin d'illustrer mon commentaire précédent, puisque je ne crois pas qu'il faille se forcer à la rime pour la rime. Il y a « penser puis rimer », « faire rimer la penser » et enfin « penser dans la rime » qui représentent trois paliers d'un versificateur, les deux premiers étant (je crois) nécessaires à l'éducation d'un jeune littérateur, le troisième ouvrant sur la poésie. N'hésitez pas à être sévère, j'adore la culture japonaise, mais sais qu'elle m'a pénétré plus que je ne l'ai pénétrée.

_

En se soulevant,
Les cerisiers la rosée
Buvaient sous le vent.

La fleur était arrosée
D'une pénombre rosée.

_

La poésie en vers libre, bien que s'imposant dans les cercles de plus en plus fermés de la poésie française, n'a jamais conquis notre paysage littéraire, et je ne crois pas qu'elle fasse ressortir notre langue.

Amitiés.

Francis Tugayé 08/01/2015 20:37

Attention un haïku n'a pas de vers, il pourrait être écrit sur une seule ligne.
Les 3 lignes est un choix occidental pour faire percevoir la rythmique alors que dans la langue Japonaise il y a des phonèmes (kireji) qui n'ont pas de sens précis.

D'ailleurs en préambule de l'article, même si dans la suite du texte j'use du mot « rimes » pour faciliter la compréhension, lesdites rimes doivent être considérées comme des « assonances ».

Par contre dans le genre « tanka », les rimes (assonances) ne doivent pas être recherchées en tant que telles ; il est très important (comme dans mes essais “haïkuesques” qui ne sont pas réellement des haïkus) que les mots viennent et coulent naturellement.
Le tanka se fonde sur des principes encore plus exigeants.

Mes amitiés

Quant à la poésie occidentale contemporaine, il y a peu d'usage de la rime.

Philippe, Jean Frantz 07/02/2012 03:31


Mon ami,


J'aime ta franchise et ton pari


parce que je suis un rebelle né.


Jean Frantz

Francis Tugayé 08/02/2012 10:23



Cher Jean Frantz
merci au « rebelle né » (!) de marquer son passage.

Merci de la « franchise » que tu sais percevoir.

Mes amitiés
Fancis





BOUILLE PÂLICHONNE

 

 
Francis Tugayé
Tarbes, Hautes Pyrénées


 poète (genre “haïku”), atelier d'écriture,

arts plastiques (éclectisme),
cinéma (fan de), musique (Jazz & World),

jeux stratégiques (Echecs & Go)
 

DESSEIN

En quête permanente
d'un équilibre extrêmement délicat

entre l'essence originelle du haïku
et... ce que nous sommes

 


Le haïku, l'art de suggérer

L'instant fugitif, la retenue,

le non-dit, l'implicite

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